Festhéa Farf’s épopée

 

CHAPITRE I : Une bouteille à la mer

Octobre 2022 : Lecture d’une offre de concours national de Théâtre amateur sur les réseaux sociaux. Proposition est faite à la troupe. Réponse laconique sans plus d’engouement. Notre pièce est prête, nous l’avons déjà jouée plusieurs fois, elle plaît bien. Pourquoi pas ! Nous postulons. Nous n’avons rien à perdre.

Novembre 2022 : Réponse de Annie Serfati responsable de la sélection Rhône-Alpes : « Donnez-moi vos prochaines dates, on viendra vous superviser ».

Janvier 2023 le 21 : Nous nous produisons à Copponex. Moins 5 degrés au thermomètre. La petite salle est bien chauffée et nous contribuons à faire monter le mercure. Les sélectionneurs sont là. Quelques remarques, quelques mots en fin de soirée. La réponse arrivera dans quelques jours.

Février 2023 Après 15 jours d’attente, nous sommes invités à venir défendre nos couleurs lors de la sélection régionale Rhône-Alpes le week-end du 1er avril. Six troupes des départements des Savoie, Ain, Isère, Drome, Ardèche et Rhône ont été présélectionnées.

 

CHAPITRE II : Les Aveyrinades

Avril le 1er : Représentation de nos si vieux enfants devant 5 membres du jury et une quarantaine de spectateurs…. Puis dimanche 19 h après moult échanges avec les autres troupes, moult supputations, moult pronostics et autres marc de café… c’est la proclamation, c’est Enfin l’heure de la proclamation. Les prix se succèdent …. Meilleurs ceci, meilleurs cela… Pas une seule récompense. Frédéric, l’auteur, derrière nous, nous susurre : »c’est bon signe, c’est que vous allez avoir la sélection ». L’enveloppe s’ouvre, le président du jury s’essaie à une lecture visuelle, puis appelle à la rescousse la déléguée de la Région…. Ça sent bon. (Il n’y a qu’une troupe avec un nom un peu compliqué). La Présidente annonce : Les Farfollions de la caille pour "de si vieux enfants" de Frédéric Dubost, du moins c’est ce qu’elle a dû dire puisque bien sûr, la dizaine de Farf’s présents avaient largement couvert sa voix et celle des hauts parleurs de la salle. Nous sommes debout, les chaises tombent au rythme des larmes ou alors c’est l’inverse, nous nous dirigeons vers la scène enlacés, hilares, émus, fiers oubliant égoïstement, peut-être l’espace d’un instant, les autres troupes concurrentes. Le bonheur s’épanche de nos yeux, de nos nez dans nos mouchoirs.

NOUS IRONS REPRÉSENTER RHÔNE-ALPES A TOURS

Nous redescendons de scène en montant sur notre nuage, un diplôme en main nous assurant que nous ne rêvions pas. Quel week-end magnifique entre nous, entre comédiens venus de partout. Une communion rare dans la vie. Rapidement nous repensons à notre parcours avec ce beau texte de Frédéric, mais aussi à tous nos prédécesseurs depuis 41 ans qui ont construit pierre à pierre ce beau rêve que nous nous devions de transformer en réalité. Bon, maintenant, il n’y a plus qu’à… !

 

CHAPITRE III : A vos marques

Oui mais voilà, notre petite Delphine (nom de personnage) attend un heureux évènement. Il faut la remplacer pour les représentations de l’été. Zoé s’y attelle avec beaucoup d’entrain et de brio. Nous pouvons assurer les trois contrats et garder le cap.

Septembre 23

C’est la rentrée des classes. Florent fixe la ligne de mire et le calendrier. Les échanges de mails de l’été avec l’organisation Festhéa nous permettent rapidement de nous projeter pour cette semaine du 28 octobre au 4 novembre. La programmation tombe. Nous serons sur scène en concours le jeudi 2 à 21h. Bon créneau ! Le lendemain nous jouerons à Vouvray en décentralisation à une dizaine de kilomètres de là.

Enfin le mardi 31, ce sera à notre tour d’organiser (avec la troupe de Cholet) un apéritif pour environ 100 personnes ! 

Octobre : Nous prévoyons deux nouvelles représentations à Allonzier pour nous mettre dans le rythme et permettre à notre Delphine originelle de reprendre ses marques sur scène. Les répétitions vont bon train et la pression monte un peu chaque jour.

Le vendredi 20, avant la représentation nous recevons, avec l’aide du comité des fêtes, nos sponsors, mécènes ou bienfaiteurs lors d’un apéritif avec présentation du concours. Qu’ils soient tous ici cités et remerciés : la région Rhône-Alpes, le département de la Haute-Savoie, la communauté de commune du pays de Cruseilles, la mairie d’Allonzier, son comité des fêtes, le Crédit Mutuel, les sociétés Transfret, Clas, Rideau Volaille, Class-Croute, Bernardi, Hofer et plusieurs personnes à titre privé.

Nous avons été très touchés par ces particuliers anciens Farf’s, ou pas, qui spontanément mais aussi financièrement ont souhaité participer à l’aventure. Merci à tous. Nous n’oublions pas évidemment la municipalité, qui depuis toujours soutient notre association notamment par la mise à disposition du local de répétition.

Environ 200 personnes viendront nous encourager et nous porter lors de ces 2 soirées.

Samedi 28 oct : Chargement du véhicule de location. Décor, ne rien oublier. Valises : 14 personnes. Apéro ils seront 100 ; Diots, Reblochons, Tomme, Apremont, Roussette, Poussette, Anthéa, Pernelle…. Non les Pépettes voyageront avec les parents…

Dimanche 29 : Sept heures, gilets rouges floqués sur le dos, le convoi s’ébranle. 1 fourgon, 3 véhicules et beaucoup d’espoir se lancent à l’assaut de la tour de Tours. La 4ème voiture ne partira que lundi.

16 h nous sommes dans la place. Un spectacle est en cours, nous prenons nos repères, nos badges, les infos… puis récupérons les 3 gîtes réservés par nos soins. Premier spectacle à 21h

Lundi 30 : nous prenons la mesure du festival, de la scène (environ 20m par 10 !!), 400 places, nous voyons quelques pièces, commençons à faire des rencontres. C’est quand même impressionnant ! Sommes-nous à notre place ? Il est où notre pont de la Caille ? Le costume n’est-il pas trop grand ? Les doutes tentent de nous habiter. Mais Frédéric et Florent sont là et veillent à la porte de nos consciences.

Mardi 31 : Répétition au gîte. Nous poussons les meubles et …. la voix afin de s’exercer à faire monter nos répliques jusqu’au 399ème et 400ème siège, là même où la régie son et lumière semble faire partie d’un autre spectacle tant elle est éloignée. Après-midi spectacle puis à 18h préparation de l’Apéro que nous offrirons à la sortie du spectacle de 17h30 soit vers 19h. … les portes s’ouvrent, mais, mais ils ne sont pas une centaine, mais plutôt trois centaines et demi… Une marée comédienne s’abat sur nos diots et reblochons qui eux aussi stressés, s’étalaient pour tenter de ressouder leurs morceaux sur les plateaux, l’union fait la force c’est bien connu. En quelques dizaines de minutes nous ne trouvons plus que quelques gobelets abandonnés lâchement par leur propriétaire d’un instant. Sur les plateaux, seuls quelques morceaux de tomme doivent leur survie au petit bout de croûte qui a échappé au couteau mal maîtrisé d’une main elle aussi stressée… mais ils devront rapidement baisser pavillon et ne résisteront pas aux derniers raids des comédiens les plus osés ou affamés…. Des profundis…. ! C’est l’heure de sortir le grand jeu. Un coup de « sonnaille «  amenée par Mathieu et nous voilà tous sur l’estrade embarqués dans un « étoile des neiges » du plus grand effet sur les survivants ravis de feu le buffet savoyard. L’effet escompté du cocktail gilets rouges, reblochon, roussette de Frangy, Etoile des neiges est largement au rendez-vous.  De mémoire de festivaliers, 38 éditions ont dû attendre pour voir cela, parait-il…

Nous rentrons tous ensemble nous gîter et nous nous retrouvons autour…. d’une fondue. On ne se renie pas !

Mercredi 1er : Toussaint. Pour nous c’est répétition. Notre metteux nous autorise à descendre d’un ton par rapport à la veille et de plus travailler les intentions. Ça tombe bien c’était notre intention ! Il faudrait quand voir à ne pas se casser la voix….

 

CHAPITRE V : Jour J

Jeudi 2 : Jour J, Jour des morts… RdV à 10h sur place pour visite du plateau, des coulisses… ordonnancement avec les 2 autres troupes qui jouent avant nous. On est chez les grands ! Scène équipée ++ régisseurs pros, coulisses qui fleurent bon les grands artistes dont les affiches tapissent les loges… enfin tout ce qu’il faut pour faire monter les watts et user et abuser des toilettes pour les « cacatracs » déjà nombreux pour certains habituellement.

Nous rentrons nous réfugier au fond de notre gîte pour une poignée d’heures de relaxation, concentration pour ceux qui peuvent. 18h30, tel un cortège funèbre digne d’un 2 novembre ( !) nous débarquons à l’Escale lieu de notre jugement. Les rires, les boutades, les vannes et autres calembours sont rangés dans le fond de nos sacs au milieu de nos objets fétiches et autres doudous.

19h30. Les 380 spectateurs de l’après-midi sont allés faire un sort au nouveau buffet dressé dans le hall. Bonne chance à lui ! La voie est donc libre. Nous avons 1 heure et demi pour installer le décor positionner nos meubles, repérer nos déplacements, installer notre petit coin perso en coulisse, régler les lumières, la bande son, nos voix, nos regards…. Se préparer dans les loges… trouver la voie !

Tout est millimétré, nous sommes concentrés sur les directives de Florent. Son expérience parisienne nous est d’un grand réconfort. Il sait où il va, ce qu’il veut, et maîtrise les relations avec les régisseurs pros. .. ah là, on fait moins les malins !!

Les assaillants des buffets reprennent les gradins d’assaut. Brouhaha, présentation de la séance par Sylvie… en coulisse, les regards et les mines de connivence révèlent la concentration de chacun. L’équipe est soudée comme jamais !

 

CHAPITRE VI : L’heure H la minute M

La salle s’obscurcit. Il faut y aller. « Mais qu’allait-il faire dans cette galère ? » disaient Edmond et Jean-Baptiste et certainement la plupart d’entre nous au diapason.

C’est parti « super Mamie » rassure et fige les 4 comédiens sur scène. Lumières : « Mamy vous êtes bien ici  et puis c’est bien tenu » : premier frémissement dans les gradins, 380 personnes dont beaucoup de comédiens et 5 jurys nous épient. Difficile d’en faire abstraction. « Mais qu’allaient-ils faire dans cette galère » Les premières réactions nous parviennent, puis d’autres et d’autres encore…. Mais, mais ça marche ! Ça marche, ça marrrrche, non ils pleurent… mais c’est normal, ça marche. En coulisse, les visages se détendent, les gestes d’encouragement et les étreintes rythment les entrées et sorties de scène. Les voix et les intentions sont à la hauteur et escaladent les escaliers jusqu’au dernier rang sans problème. ON KIFFE, c’est du bonheur en lingots…

« Tu vois petite, les cons ils ne comprennent jamais rien » Maurice vient de délivrer la dernière réplique et tous les comédiens.

Déjà les « envahisseurs de buffet » crient, applaudissent se lèvent… Nous saluons et resaluons… nous récupérons notre salaire, et comprenons sans se l’avouer qu’il s’est passé quelque chose dans ces gradins pendant 1h40.

Rapide démontage du décor … nous retrouvons notre public, famille, amis, inconnus, bénévoles, assaillants de buffet, tous nous ovationnent et nous gratifient de sourires, de félicitations, d’encouragements. Certains bénévoles nous assurent que c’est la première pièce depuis l’ouverture du festival qui déclenche pendant le spectacle autant d’engouement de rires et d’applaudissements. Ça tombe bien, c’est ce que nous étions venu chercher !

12 coups de minuit sonnent. On ferme. On nous demande gentiment d’arrêter nos effluves. Nous rentrons nous gîter et arroser avec quelques fidèles, notre soulagement. 3 heures sonnent, ou doivent sonner au clocher dont nous ignorons la tonalité ou l’emplacement. Demain il y a école.

 

CHAPITRE VII : Ça pétille

11 h. L’Escale. Débriefe des 3 spectacles de la veille. L’animateur nous réserve un petit  1/4 d’heure. Dans ses questions et sa présentation nous comprenons que nous ne sommes pas son style de théâtre. Il qualifie notre spectacle « entre le théâtre de boulevard et celui de Jacky Sardou, Maria Pacôme et Marthe Villalonga du moins vintage «. Le public présent vole à notre secours. Il met tout de même quelques coups de griffe bien enrobés de plaisanteries et de compliments à notre Dédé. « ah parce que tu sais marcher normalement dans la vraie vie ? » …. Habile homme

13 h nous partons pour Vouvray où nous nous produisons en soirée. Petite escapade d’une soirée qui nous ramène un peu dans nos salles habituelles. L’angoisse du « Jour d’Après » nous habite. Allons-nous rester suffisamment concentrés ? Mais tout le monde reste sur la même énergie et nous refaisons une belle prestation.

Samedi 4 : Retour à Vouvray pour un rendez-vous souterrain. Impressionnant. Vouvray est lardé de caves souterraines, truffées de millions de bouteilles et si d’aventure tous les bouchons devaient sauter en même temps il y aurait un immense cratère à la place de ce village troglodyte et un tsunami dévasterait probablement la vallée jusqu’à Nantes…. Après nombreuses explications tant sur le moût et autre vinification, que sur le forage de ces galeries, nous rejoignons nos gîtes sans avoir oublié de déguster ce délicieux breuvage avant qu’une hypothétique catastrophe souterraine ne survienne et anéantisse ces trésors.

Nous avons quelques heures devant nous avant de retourner à l’Escale, mais nous n’avons de nouveau pas envie de nous disperser, de nous séparer. Le dénouement approche et pourtant le nœud se serre, les coudes aussi d’ailleurs. 17h30 nous arrivons à l’Escale pour assister à la dernière pièce du festival, hors concours car les jeux sont faits et nous espérons que tout ira bien.

 

CHAPITRE VIII : L’extase

Enfin arrive l’heure de la cérémonie de clôture. Nous nous regroupons, telle une grappe d’œufs de têtards avec familles et amis vers le haut des gradins. Le rouge de nos vestes est bien visible dans toute cette foule. La Présidente met à l’honneur les bénévoles, puis c’est le tour des responsables, des sélections régionales ainsi que des sponsors de l’évènement. Enfin l’adjoint au Maire de St Cyr nous présente une rapide vision de Festhéa dans sa ville. L’attente dure, dure…  

« Nous passons au palmarès » annonce enfin Sylvie la Présidente de Festhéa. Je vais demander à M le Maire de bien vouloir dévoiler et remettre le prix du public. L’élu s’exécute, ouvre l’enveloppe et sort le nom du gagnant,… le même petit temps d’hésitation qu’en avril aux Avenières… et le même résultat : « Les Farfollions de la caille pour « de si vieux enfants » de Frédéric Dubost »

La salle et ses 400 places ont du mal à contenir nos cris et nos effusions. On ne voit plus que des gilets rouges dans les gradins. Quel moment de communion,  de partage, de joies, et de larmes.

Nous nous retrouvons sur scène un trophée sculpté dans la fonte, réalisé par un artiste Michel Audiard aussi lourd et rouillé que symbolique, qui nous fait chavirer de bonheur et d’émotions. Un coffret de vin, un bouquet, un micro… 350 personnes ou plus, 5 jurys attendent les mots du Président des Farf’s. Les trémolos dans la gorge, les remerciements d’usages…. « Nous sommes tous issus du théâtre de Molière… le théâtre a évolué, évolue et évoluera en permanence, nous avons tous notre place, mais je vois que le public apprécie encore le théâtre « vintage » qui a encore de belles heures devant lui dans nos théâtres….. «  Ça c’est dit !!

La soirée se poursuit et distribue prix et trophées à nos collègues des autres régions.

Le départ du théâtre se fait dans brouhaha, les accolades, les félicitations….

Le rideau est tombé non sans une certaine dose voire une dose certaine de vague à l’âme.

Nous rentrons à notre camp de base avec quelques proches. Les bulles de Vouvray accompagneront notre décontraction post tension tard dans la nuit.

Pour une expérience, ce fut un coup de maître.

Quelle semaine !

Quelle ambiance !

 

Quelle Epopée !!


Liens Utiles